Incontournable Carnaval !

Le Carnaval, à Düsseldorf, c’est comme à Cologne et dans toute la Rhénanie, le “Karneval”, mais le “Fasching” en Bavière, le “Fastnacht” dans le sud de l’Allemagne et en Suisse.
Dès le U Bahn (métro) l’ambiance est curieuse :
Après l’apparition du Hoppeditz ou “fou” qui ouvre le carnaval en novembre (cf. ce mois-là) et toujours à 11h 11 sur la Karlplatz où s’élève la mairie, le Maire enclenche le jeudi 16 février cette fameuse et un peu ébaubissante “journée des femmes” (Weiberfastnacht) où elles ont tous les droits, à commencer par … couper la cravate des hommes. D’où les cravates à deux sous vendues par certaines à des hommes hilares, mais en col ouvert pour éviter le coup de ciseau !

 Et aujourd’hui, 20 février, va s’ébranler le défilé du Rosenmontag – “lundi rose” évoquant la tenue des notables que l’on tourne en ridicule, de l’archevêque de Cologne aux Prussiens protestants qui eurent le culot d’interdire le festival. Sans oublier les régiments de Français … Et mardi soir, ce sera le “bal des mauvais garçons”. Le mercredi des Cendres, on brûlera enfin tous ces excès sou la forme d’une figuration du Hoppeditz et l’on commencera le poisson de l’entrée en Carême après le carneleva (“enlève-la-viande”) des jours gras de Carnaval.

“Le Ciel sans pâlir et la terre sans rougir” …

Après le jeu qui permet d’enfariner F. Hollande figuré comme cible de fête foraine, une application Smartphone, “Bye bye Nico” a pour but de catapulter “Nico” hors de l’Elysée et de l’envoyer sombrer, sur une Marseillaise de boîte à musique, près de l’épave du Concordia. Coup pied de l’âne, après une longue série, rare, de lynchages “imagés”. Tout cela bien entendu grandit la fonction de ceux qui aspirent à la plus haute d’entre elles, comme on dit (justement)! Les Espagnols n’ont-ils pas raison de s’indigner de la caricature télévisuelle de leurs sportifs, prenant leur réservoir d’essence pour leurs toilettes – ce qui fait avancer leur voiture tant ils marcheraient au dopage ? Eux parlent de fierté nationale ; est-ce encore un mot que nous pouvons comprendre ?

Depuis plus de quatre ans, les caricatures anti-Sarko frôlent l’insoutenable pour quelque électeur de quelque bord politique  qu’il ce soit qui ait le sens de la dignité du combat politique et du respect minimum dû au président de son propre pays. En tant que Français à l’étranger, n’est-on pas horrifié de voir la tête du président de son pays sous le titre “Voyou de la République”. Voyou ?  Tout peut se dire en politique, mais pas sur le plan personnel, moins encore physique ! Pourquoi ce délit de sale gueule et ce contrôle à l’identité ?
Car enfin ce président n’a pas – comme ce fut le cas pour d’autres – été soupçonné d’avoir fait disparaître des gêneurs, mis sur écoute une grande actrice pour son plaisir personnel, ou caché des enfants et concubines nourris aux frais de l’Etat. Dès le départ quel fut son crime ? Avoir dîné au Fouquet’s ! Eh bien l’addition n’y excède pas le dîner d’affaire moyen. Sur la Rive Droite ? On aggrave le cas.  Une sociologue révèle “une rupture dans les rapports de domination. Tout était revendiqué, assumé, l’argent décomplexé”.[1] Tant que l’argent circule à flot, mais caché, “complexé” tout va bien – la franchise ne paie pas ! Puis il y eut un yacht (d’un ami), une montre (vantée par un ami et pas collectionnée par le susdit, comme pour d’autres), bref pas de quoi fouetter un caricaturiste.
Mais là ! Sauf votre respect, Sarko pisse sur la tombe de de Gaulle[2] ; Sarko au comble de l’excitation se … pignole devant un pauvre mendiant en hurlant “ça vient!” C’est du niveau des “Sarkofiottes” et club des “tss” (tout sauf sarko). Outre que ce n’est pas drôle c’est ignoble. Qui dit mieux ?
Maléfices

Mieux ? Sarko aux grandes oreilles et au grand nez, Sarko en poupon bercé par Angela Merkel avec toujours un pif de première[3] sur lequel s’esclaffe “révérence gardée” une oxygénée du Front National ; Nicolas montrant à Angela son pin’s “Touche pas mon Pote … Aryen”[4] (finaud n’est-ce pas ?). “Les Juifs attendent toujours le Messie. -J’arrive”, dit un Sarko qui accourt sur une affiche en caractères pseudo-hébraïques sur canal-blog[5]. Sur “Sarkostique”,[6] Nicolas devient le juif Jésus ! Ou encore, sur un site qui n’a rien à envier à “Je suis partout”, “Nicolas Sarkozy alias ” le juif casher Nicolas Möllah de Nagui Bosca Sarközy” avec photo du susdit portant l’étoile jaune.[7] On ne saurait être plus clair.
Les âmes vertueuses protesteront qu’elles ne sont pas de ce bord-là. Et le “quinquennat Fouquet’s” de Mme Aubry ? Et ceux qui aiment l’argent et pas les gens ? Et la “tache sur le drapeau” ?[8] Et les Une immondes d’une parodie du Monde affichant Sarko, une balle dans la tête, assassiné ? Car toutes ces caricatures frisent la magie noire, comme la poupée vaudou à son effigie, mise en vente avec épingles pour lui jeter des sorts. Ou ce triple A dont dégringole, pour le premier, Carla, pour le dernier la petite Julia et au milieu un Sarko dont on ne voit plus que … le nez !
Donc Nicolas S. serait haï par les anti-sémites qui l’assimilent au “fric”. Bien sûr, nos présidents précédents, auvergnat, corrézien, charentais, n’avaient ni propriétés, ni amis fortunés, ni connexions de l’ombre! Et l’ex-futur président qui alignait en quelques heures  des millions de dollars de caution  ? Comprenne qui pourra. 
Métissage, tolérance, multiculturel ?

Sarkozy n’a jamais renié des origines multiples dont il s’est fait une richesse, en proclamant par là-même son amour de la France. Et ne serait-ce pas là l’une des clés de cette haine sans fond qu’il suscite, son amour de la France, si mal porté de nos jours ?
Par sa mère, il descend d’une grande famille de Salonique, les Mallah. Son grand-père a servi dans l’armée française comme médecin ; il s’était converti pour épouser la jeune catholique dont il était tombé amoureux. Alors voilà qu’à leur tour certains juifs se déchaînent, comme je l’ai entendu de mes oreilles : il n’est pas juif, sa mère n’est pas juive, etc. ! D’autant plus qu’elle a commis l’erreur, cette maman, d’avoir épousé un réfugié hongrois qui fuyait … le communisme. Même pas compagnon de route !
Et la surenchère se poursuit : on se demande aussi si notre Nicolas ne serait pas un peu fasciste par le père ; on lit en effet en commentaire : “Sachant que le père de notre bon maître à fuit [sic] lors de l’arrivée des troupes soviétiques; c’est à dire avec les nazis et autres collabos. Je me demande alors quel rôle politique et social a eu ce représentant de la classe nobiliaire, le comte de Nagy Bocsa dans cette Hongrie de l’ère pré soviétique.”[9]
Qui défend le métissage, la tolérance, la France multi-plurielle ? Ou y aurait-il des métissages préférables à d’autres ?
Dernier mais non le moindre et in cauda venenum, j’oubliais la taille : nous serions régis par un nabot (ceux qui défendent tant l’égalité devraient être plus respectueux pour les nains qui les valent bien), une demi-portion, une marionnette secouée de tics. Rappelons que nous ne sommes, selon Bernard de Chartres, que des nains sur les épaules des géants.
Bon, pour la taille, restituons les faits qui comme chacun le sait depuis que Lénine l’a dit, sont têtus : Nicolas mesure à peine 3 cm de moins que son rival à la présidentielle ou que notre avant-dernier président.
Plus grand que Jean-Paul Sartre, Balzac, Voltaire,  Mickey Rooney, Hussein de Jordanie, Polanski, Picasso ou Gandhi, Jamel Debbouze, Charlie Chaplin, David Pujadas, Hitchcock, Jaurès et Pasolini, il mesure 1,68 m. Autant que Churchill, Al Pacino, Bob Dylan, l’abbé Pierre et Philippe Gildas.
Maintenant, que la bassesse déferle !

Alors pourquoi s’en gausse-t-on tant ? La réponse comme toujours est sur la Toile : dans un “post” (billet) de the Post (reconverti en Huffington Post français), un rubriqueur courageusement anonyme comme souvent, intitulé Mad Dog, nous confie : ” Pourquoi se moque-t-on de la taille de Sarkozy, alors qu’on ne le faisait pas avec Mitterrand?” Et la réponse est ? je vous le donne en mille : parce qu’il se met des talonnettes ou se tient sur la pointe des pieds, il souffre de sa taille, appuyons où ça fait mal. Le délit de sale gueule dans toute sa splendeur ! Evidemment, le Président actuel n’est pas comme l’un de ses (récents) prédécesseurs si refait par la chirurgie esthétique que quand il souriait on lui voyait le nombril. Ou qui menaçait de ses  sbires qui lui chauffait les oreilles.
Que le grand clic me croque ! la bassesse atteint son niveau-semelle. Ce qui rappelle le mot du peintre Apelle à un cordonnier qui lui servait de modèle et critiquait le dessin de la sandale puis tout le tableau : “Cordonnier, pas au dessus de la cheville !” La France réduite à une caricature ? Nous valons mieux que ça, non ?
Dans son hommage aux paras de la France Libre, de Gaulle termine par : “Maintenant, que la bassesse déferle ! Eux regardent le ciel sans pâlir et la terre sans rougir.” Puissions-nous redevenir résistants ! Car c’est la France qui se caricature ! Elle vaut bien mieux que tout cela !

Ronald Searle a rejoint les oiseaux

Le fin, délicieux, délicat dessinateur anglais Ronald Searle n’a pas passé le cap de l’an 2011 : il vient de s’éteindre le 30 décembre dernier. Satiriste plein d’humour et de légèreté, il avait cependant passé des années de captivité après avoir été pris à Singapour par les Japonais à travailler sur la terrible ligne Birmanie-Thaïlande : il disait n’en être jamais tout à fait sorti. Et pourtant ! Quand on voit son trait aérien, cet amoureux des chats et des escargots, qui s’attaquait parfois aussi mi-mordant mi-sarcastique à l’actualité,  évoque plutôt la tendresse qui baignait aussi parfois son regard bleu. Je les ai rencontrés sa femme Monica et lui dans l’entourage de l’ami Roland Topor, et il m’a offert ce dessin pour s’excuser de ne pas être venu au lancement de mon premier livre, Ave Lucifer. Une pensée affectueuse …

Tristan, photos de guerre, Albanie

Le 22 novembre, au Tonhaus de Düsseldorf, révélation : un chef d’orchestre magnifique, Jiří Bělohlávek, né à Prague, qui a commencé comme violoncelliste et dirige aujourd’hui l’orchestre fabuleux de la BBC, avec précisément une  violoncelliste  qui s’est illustrée dans un dialogue virtuose avec le piano du prodige russe Nikolai Tokarev, jouant Liszt. L’interprétation initiale de l’Ouverture de Tristan et Iseult de Wagner a été … inouïe. Elle nous a transportés dans la dimension intemporelle et bouleversante qu’atteint sur un autre plan le film de Lars von Trier, Melancholia, qui en est irriguée. Pour des moments de création aussi beaux, le monde se déploie en sa dimension d’émerveillement.
Toujours à Düsseldorf, l’exposition des photos de guerre qui font bien sûr revivre l’irremplaçable Robert Capa, avec son soldat de la guerre d’Espagne atteint en vol par une balle, mais aussi Cartier-Bresson avec des photos saisissantes de retour de l’Est, et bien d’autres, anciens et modernes (Egypte, Lybie …). Parmi tous la découverte de l’humour décapant d’un Anglais, George Rodger ! Dans le même musée une expo de malaise, celle de l’Ecole de Düsseldorf (1819-1918) qui paraît-il a concurrencé celle de Paris – très Walkyries et sujets religieux incroyablement kitsch, Blut und Geist, Sturm und Drang, et autres racines qui peuvent laisser … pensifs. Quelques belles toiles bien sûr, mais quel mélange !
Enfin, si ce n’est pas fini, il faut foncer à l’une des expositions entrevue au cours d’un saut de puce parisien “Albanie, un voyage photographique (1858-1945)”, ou à défaut acheter le livre présenté par Loïc Chauvin et Christian Raby, avec – une fois n’est pas coutume – des repros magnifiques en noir et blanc àun prix fort raisonnable. Vous y verrez des photos parfois ahurissantes, de catholiques voilées et de musulmanes sans voiles et même d’homme musulman se déguisant en femme orthodoxe (!), une photo de barbier signée Kel Marubi, un pur chef d’oeuvre, des notables, des insurgés, des vieilles qui fument, des veillées mortuaires hallucinantes, des paysages dignes du Vaisseau fantôme !

11/11/11 à 11h 11 : ouverture du Carnaval

Eh oui, l’ouverture du carnaval se fait à Düsseldorf le jour de la Saint-Martin (fêté la veille au soir en mitonnant une oie), 11.11. à 11.11,  avec en prime cette année le 11 de 2011 ! Le Hoppeditz, “fou” estampillé Düsseldorf qui saute de son pot de moutarde (spécialité de la ville) pour entamer un discours rimé de chansonnier avec le maire à son balcon. Et le mercredi des Cendres, à l’issue de cette “5ème Saison” comme on appelle le Carnaval, on va l’enterrer à grands cris et chagrin dans le jardin du Musée de la Ville.
Hoppe voudrait dire hüpfen en rhénan, “bondir” ; et ditz serait là pour Knirps, le marmot. Ce serait donc le marmot bondissant. Et ne parle-t-on pas en français de la “marmotte” du fou pour sa coiffure ?
Les Français, parlons-en ! L’une des explications du choix du chiffre 11, puisque le comité du carnaval compte aussi 11 Fous, trouverait son origine dans le mot allemand ELF qui serait une reprise  moqueuse de la devise des occupants de la Rhénanie à l’époque révolutionnaire puis napoléonienne :  Egalité, Liberté, Fraternité. Une thèse pourrait être écrite sur Napoléon et Düsseldorf tant les souvenirs de l’Empereur y sont présents.
Le Carnaval, héritier des Saturnales romaines, n’est pas ici une mince affaire, les corporations costumées pullulent et il n’est pas rare de croiser en fin de semaine des régiments entiers surgis du XIXème siècle ou des Goth’s vampiriques qui rigolent en levant leur bière. Le maire de la ville n’a-t-il pas remis les clés du pouvoir aux prince et princesse élus pour régner une saison sur les fous ?
Si l’on m’avait dit que le jour du 11 novembre je lèverais la main en l’honneur d’une ville allemande en criant par trois fois “Helau” (hell auf qui signifie quelque chose comme “super”) avec sur scène de jolie Gretchen blondes aux cheveux nattés et tout cela dans la joie et la bonne humeur …

Maria Farantouri, notre jeunesse

Vendredi 28 octobre, théâtre Savoy à Düsseldorf. Ressurgie de nos vingt ans, Maria Farantouri, la chanteuse chère à Mikis Theodorakis, revient avec sa voix chaude et douce de soprano nous chanter Ritsos et Séféris. Cela me transporte plus de 40 ans en arrière, quand je l’avais vue à Paris, dans l’entourage de Vassilikos et Mimi, Melina Mercouri, et tous ces Grecs de Paris venus s’abriter des colonels. J’étais alors à “l’Express” avec le cher Frédéric de Towarnicki et nous écrivions contre les colonels avant de nous attaquer à l’Union Soviétique et d’aider les dissidents à passer textes et messages. “Père garde-toi à droite, père garde-toi à gauche” … reviendra-t-il le temps où nous n’étions pas des hémiplégiques de la politique ? Et quelle émotion de voir tout ce public grec, fier malgré les revers d’aujourd’hui, uni autour de sa langue, langue de la résistance européenne vieille – malgré toutes les altérations et tous les mélanges – de près de 30 siècles ! Aristophane aurait écrit de superbes satires sur son peuple qui n’a pas changé dans ses contradictions, mais aussi il aurait applaudi la vaillance de Maria, au visage toujours aussi beau, et à la voix toujours aussi tendre.
P.S. L’écureuil, c’est celui qui est venu me dire bonjour ce matin.

Salon Vert-du-Rhin (suite)

Le prochain Salon aura lieu le jeudi 10 novembre (de 10h à jusqu’à plus soif – si vous restez pour déjeuner, apporter un “finger food” salé ou sucré) sur le thème : « Avons-nous le sentiment de progresser à travers nos métiers ou nos passions ? » Puis le jeudi 8 décembre : « Faisons connaissance à travers cuisine et petits plats » avec recette et souvenir (d’enfance, de lecture, de voyage) lié à ce plat. Si vous êtes à Düsseldorf ou dans la région et intéressés, vous pouvez vous inscrire.