11/11/11 à 11h 11 : ouverture du Carnaval

Eh oui, l’ouverture du carnaval se fait à Düsseldorf le jour de la Saint-Martin (fêté la veille au soir en mitonnant une oie), 11.11. à 11.11,  avec en prime cette année le 11 de 2011 ! Le Hoppeditz, « fou » estampillé Düsseldorf qui saute de son pot de moutarde (spécialité de la ville) pour entamer un discours rimé de chansonnier avec le maire à son balcon. Et le mercredi des Cendres, à l’issue de cette « 5ème Saison » comme on appelle le Carnaval, on va l’enterrer à grands cris et chagrin dans le jardin du Musée de la Ville.
Hoppe voudrait dire hüpfen en rhénan, « bondir » ; et ditz serait là pour Knirps, le marmot. Ce serait donc le marmot bondissant. Et ne parle-t-on pas en français de la « marmotte » du fou pour sa coiffure ?
Les Français, parlons-en ! L’une des explications du choix du chiffre 11, puisque le comité du carnaval compte aussi 11 Fous, trouverait son origine dans le mot allemand ELF qui serait une reprise  moqueuse de la devise des occupants de la Rhénanie à l’époque révolutionnaire puis napoléonienne :  Egalité, Liberté, Fraternité. Une thèse pourrait être écrite sur Napoléon et Düsseldorf tant les souvenirs de l’Empereur y sont présents.
Le Carnaval, héritier des Saturnales romaines, n’est pas ici une mince affaire, les corporations costumées pullulent et il n’est pas rare de croiser en fin de semaine des régiments entiers surgis du XIXème siècle ou des Goth’s vampiriques qui rigolent en levant leur bière. Le maire de la ville n’a-t-il pas remis les clés du pouvoir aux prince et princesse élus pour régner une saison sur les fous ?
Si l’on m’avait dit que le jour du 11 novembre je lèverais la main en l’honneur d’une ville allemande en criant par trois fois « Helau » (hell auf qui signifie quelque chose comme « super ») avec sur scène de jolie Gretchen blondes aux cheveux nattés et tout cela dans la joie et la bonne humeur …

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Maria Farantouri, notre jeunesse

Vendredi 28 octobre, théâtre Savoy à Düsseldorf. Ressurgie de nos vingt ans, Maria Farantouri, la chanteuse chère à Mikis Theodorakis, revient avec sa voix chaude et douce de soprano nous chanter Ritsos et Séféris. Cela me transporte plus de 40 ans en arrière, quand je l’avais vue à Paris, dans l’entourage de Vassilikos et Mimi, Melina Mercouri, et tous ces Grecs de Paris venus s’abriter des colonels. J’étais alors à « l’Express » avec le cher Frédéric de Towarnicki et nous écrivions contre les colonels avant de nous attaquer à l’Union Soviétique et d’aider les dissidents à passer textes et messages. « Père garde-toi à droite, père garde-toi à gauche » … reviendra-t-il le temps où nous n’étions pas des hémiplégiques de la politique ? Et quelle émotion de voir tout ce public grec, fier malgré les revers d’aujourd’hui, uni autour de sa langue, langue de la résistance européenne vieille – malgré toutes les altérations et tous les mélanges – de près de 30 siècles ! Aristophane aurait écrit de superbes satires sur son peuple qui n’a pas changé dans ses contradictions, mais aussi il aurait applaudi la vaillance de Maria, au visage toujours aussi beau, et à la voix toujours aussi tendre.
P.S. L’écureuil, c’est celui qui est venu me dire bonjour ce matin.