Photo retrouvée : mélancolie

De g. à dr. l’écrivain Claude Delarue dont je parlais dans la « brève » précédente, mais aussi, Mirjana, notre amie yougoslave, moi-même (pull vert), Helena Majdaniec grande chanteuse polonaise, et l’inoubliable Frédéric de Towarnicki, auteur du « Messager de la Forêt Noire » sur ses souvenirs avec Heidegger. Le violoniste est celui du cabaret russe Chez Tsarevitch, l’adorable Jean qui vit tant de nos nuits de folie (douce). Ces fantômes passèrent dans notre vie, même s’ils ne sont pas vraiment morts (à l’exception de Mirjana, ils ont tous disparu désormais, si jeunes !) : cf. « Frédéric de Towarnicki n’est pas mort, il s’est éteint« .

Publicités

Mon ami, l’écrivain Claude Delarue, est mort. J’ai trouvé ça sur la Toile.

Le 20 octobre 2011, d’une greffe cardiaque qui a mal tourné, à » Créteil, France ».
Je l’entends de sa belle voix grave, sardonique en tout arrière-plan, une voix d’amateur de musique, d’harmonie, une voix dont la placidité cachait les émotions, rire sans joie de ce « Créteil, France ». Il fallait l’entendre raconter les hospitalisations si nombreuses auxquelles il avait été soumises, ces dernières années où on le « pressait comme une éponge » à cause de ses oedèmes rémanents, pertes d’eau qu’il atténuait en whiskies,  avant qu’une souffrance dans le dos lui fasse perdre parfois son sens de l’humour. Il attendait sa dernière chance, un coeur qui lui serait greffé ! Tout cela lui a inspiré en grande partie son dernier roman, « Le Bel Obèse » dont le personnage est Marlon Brando. Claude Delarue était Suisse, couvert de prix et pourtant pas aussi célèbre qu’il le méritait car le talent est rarement médiatique. Quelques extraits de correspondance :
 » Cara, Tu ne crois pas si bien dire en parlant du grand méchant loup des coeurs en berne. Je viens d’être hospitalisé pendant une petite semaine.[…] Mes jambes et mes pieds avaient doublés de volume et je suis resté une nuit entière accroché à la balustrade du balcon de ma chambre d’hôtel, persuadé que je ne verrai pas le jour. Je l’ai vu, et comme j’étais logé au San Domenico Palace de Taormina (invité, bien sûr…), j’ai regardé les pêcheurs partir dans l’aube sur la baie et je me suis endormi debout. Appelle-moi dès que tu seras rentrée d’Allemagne. Baisers. »
« Elizabetschen, Et dire que je ne bois jamais de vieux Bourgogne, ne mange pas de rognons flambés ni de gibier faisandé – toutes choses que j’adore mais qui ne sont pas dans mes prix. Je suis pauvre et goutteux. Est-ce qu’un homme aussi beau, aussi intelligent, talentueux, perspicace et élégant que moi mérite un tel traitement? Raconte-moi l’Allemagne. Abondants baisers. »
 » A très bientôt j’espère devant une selle de chevreuil ou quelque rognons flambés. Affectueux baisers. »
« Je suppose que tu es en plein boulot mais à vrai dire, j’ai autant de mal à comprendre le rythme de tes activités que en as à saisir mes apparitions et disparitions. D’ailleurs, si M. Perec ne l’avait déjà pris, c’est un titre (La Disparition) que j’aurais volontiers utilisé, et pour quelque chose de plus important que la disparition d’une lettre. »
 » Sur le chemin de Vienne, je me suis arrêté chez mon ami Fahrer A. qui est professeur de physique à l’université de Würtzburg. Je ne connaissais pas cette ville, qui est fort belle (Mathias Grünewald y est né, mais aussi le physicien Werner Heisenberg et… le grand pote de Hitler, Alfred Jodl). J’irai ensuite directement sur Passau pour entrer en Autriche. Cette balade en voiture me convient parfaitement et me délasse, c’est peut-être l’une des dernières. Je couche dans de petits gîtes pas cher et je ne mange pas de saucisses.
N’ayant pas de portable, comme tu le sais, je ne peux pas te laisser de n° de tel. car je ne logerai pas à Vienne même mais à Grinzing, où mon défunt oncle paternel possédait jadis, du temps de sa splendeur, une superbe maison en fer à cheval dans l’Heroika Gasse que sa situation matérielle l’a finalement contraint de louer à l’Ambassadeur de Grande-Bretagne avant de la vendre – maison dans laquelle j’ai passé des moments savoureux et vécu mes premières grandes beuveries, j’étudiais à la Musikhochschule, j’avais 18 ans…
Je m’arrêterai vraisemblablement sur le chemin du retour à Rastenberg, dans cet invraisemblable château en pleine forêt où vivait avec son mari, Dieter de Hohenlohe (garde forestier sur ses propres terres), mon amie Christiane Singer. Je t’appellerai dès que je serai de retour. J’ai mon ordinateur avec moi et la possibilité de me connecter par-ci par-là. Nous irons bientôt à Düsseldorf… »
« Mon âme… tu fais bien de me la rappeler, il ne faut pas que je l’oublie en Suisse. J’ai payé mon téléphone mais ses humeurs dépendent d’une technologie gérée par des escrocs. Si je suis à Paris, je fais une petite manoeuvre et ça remarche; si je ne suis pas là pour faire la petite manoeuvre, tout est foutu. Et je paie. Et personne ne peut rien faire. Donc je vais changer de serveur. Voilà ce que l’on fait de créatif à Paris : on change de serveur. Rien ne vaut le tam-tam, les serveurs devraient être bouillis et mangés. Donc dès le semaine prochaine, tu te trouveras en face de mes corps durs et caverneux. L’ennui, c’est qu’ils sont soit durs, soit caverneux. Il faut savoir les manipuler. Mais tu es une grande fille maintenant, tu connais le latin et le grec et un certain dieu qui s’occupe de ces choses-là. Adresse-lui une prière. »
Européen fervent, il avait vécu en Allemagne, en Angleterre, il avait travaillé en Suisse romande comme illustrateur musical et journaliste – il était aussi musicologue et avait dirigé une collection sur la musique – puis un an au Proche-Orient où il avait oeuvré pour le CIR dans la bande de Gaza. Il revenait de Crête et de Géorgie. Acerbe et si indifférent à la fois, amateur de jolies femmes, pétri de culture et d’humour froid, il me racontait souvent devant un bon Bourgogne, ses observations, ses surprises, ses révoltes tendres. Directeur littéraire chez Flammarion, il était membre du comité de lecture de Denoël et Albin-Michel. De sa vie personnelle il ne parlait jamais, sinon lorsqu’il évoquait avec tendresse une femme et un refuge en Bourgogne.
A chacun de mes passages à Paris, je l’appelais sur son portable et nous allions dîner ou prendre un verre chez lui sur la Butte, rue de l’Armée d’Orient (tout un poème !) ou chez moi qui habitais aux Batignolles. Puis un jour le portable a été débranché. Comme son coeur arrêté en cours de route. Il avait mon âge, nous nous connaissions depuis près d’un quart de siècle ; il y a toujours un peu de nous qui part quand un ami rentre dans l’invisible. Surtout lorsqu’on l’apprend au détour d’une page de l’univers virtuel que certains intitulent Second Life !
Il ressurgit si vivant lorsque je l’écoute au cours d’un de ses derniers enregistrements, celui qu’il m’avait accordé dans la série « Au Plaisir d’insolence »  sur Canal Académie : il était l’un des derniers à pouvoir parler si bien des univers évanouis de la vieille Europe, Trieste et Mitteleuropa, dont nous étions tous deux nostalgiques !

Incontournable Carnaval !

Le Carnaval, à Düsseldorf, c’est comme à Cologne et dans toute la Rhénanie, le « Karneval », mais le « Fasching » en Bavière, le « Fastnacht » dans le sud de l’Allemagne et en Suisse.
Dès le U Bahn (métro) l’ambiance est curieuse :
Après l’apparition du Hoppeditz ou « fou » qui ouvre le carnaval en novembre (cf. ce mois-là) et toujours à 11h 11 sur la Karlplatz où s’élève la mairie, le Maire enclenche le jeudi 16 février cette fameuse et un peu ébaubissante « journée des femmes » (Weiberfastnacht) où elles ont tous les droits, à commencer par … couper la cravate des hommes. D’où les cravates à deux sous vendues par certaines à des hommes hilares, mais en col ouvert pour éviter le coup de ciseau !

 Et aujourd’hui, 20 février, va s’ébranler le défilé du Rosenmontag – « lundi rose » évoquant la tenue des notables que l’on tourne en ridicule, de l’archevêque de Cologne aux Prussiens protestants qui eurent le culot d’interdire le festival. Sans oublier les régiments de Français … Et mardi soir, ce sera le « bal des mauvais garçons ». Le mercredi des Cendres, on brûlera enfin tous ces excès sou la forme d’une figuration du Hoppeditz et l’on commencera le poisson de l’entrée en Carême après le carneleva (« enlève-la-viande ») des jours gras de Carnaval.

« Le Ciel sans pâlir et la terre sans rougir » …

Après le jeu qui permet d’enfariner F. Hollande figuré comme cible de fête foraine, une application Smartphone, « Bye bye Nico » a pour but de catapulter « Nico » hors de l’Elysée et de l’envoyer sombrer, sur une Marseillaise de boîte à musique, près de l’épave du Concordia. Coup pied de l’âne, après une longue série, rare, de lynchages « imagés ». Tout cela bien entendu grandit la fonction de ceux qui aspirent à la plus haute d’entre elles, comme on dit (justement)! Les Espagnols n’ont-ils pas raison de s’indigner de la caricature télévisuelle de leurs sportifs, prenant leur réservoir d’essence pour leurs toilettes – ce qui fait avancer leur voiture tant ils marcheraient au dopage ? Eux parlent de fierté nationale ; est-ce encore un mot que nous pouvons comprendre ?

Depuis plus de quatre ans, les caricatures anti-Sarko frôlent l’insoutenable pour quelque électeur de quelque bord politique  qu’il ce soit qui ait le sens de la dignité du combat politique et du respect minimum dû au président de son propre pays. En tant que Français à l’étranger, n’est-on pas horrifié de voir la tête du président de son pays sous le titre « Voyou de la République ». Voyou ?  Tout peut se dire en politique, mais pas sur le plan personnel, moins encore physique ! Pourquoi ce délit de sale gueule et ce contrôle à l’identité ?
Car enfin ce président n’a pas – comme ce fut le cas pour d’autres – été soupçonné d’avoir fait disparaître des gêneurs, mis sur écoute une grande actrice pour son plaisir personnel, ou caché des enfants et concubines nourris aux frais de l’Etat. Dès le départ quel fut son crime ? Avoir dîné au Fouquet’s ! Eh bien l’addition n’y excède pas le dîner d’affaire moyen. Sur la Rive Droite ? On aggrave le cas.  Une sociologue révèle « une rupture dans les rapports de domination. Tout était revendiqué, assumé, l’argent décomplexé ».[1] Tant que l’argent circule à flot, mais caché, « complexé » tout va bien – la franchise ne paie pas ! Puis il y eut un yacht (d’un ami), une montre (vantée par un ami et pas collectionnée par le susdit, comme pour d’autres), bref pas de quoi fouetter un caricaturiste.
Mais là ! Sauf votre respect, Sarko pisse sur la tombe de de Gaulle[2] ; Sarko au comble de l’excitation se … pignole devant un pauvre mendiant en hurlant « ça vient! » C’est du niveau des « Sarkofiottes » et club des « tss » (tout sauf sarko). Outre que ce n’est pas drôle c’est ignoble. Qui dit mieux ?
Maléfices

Mieux ? Sarko aux grandes oreilles et au grand nez, Sarko en poupon bercé par Angela Merkel avec toujours un pif de première[3] sur lequel s’esclaffe « révérence gardée » une oxygénée du Front National ; Nicolas montrant à Angela son pin’s « Touche pas mon Pote … Aryen »[4] (finaud n’est-ce pas ?). « Les Juifs attendent toujours le Messie. -J’arrive », dit un Sarko qui accourt sur une affiche en caractères pseudo-hébraïques sur canal-blog[5]. Sur « Sarkostique »,[6] Nicolas devient le juif Jésus ! Ou encore, sur un site qui n’a rien à envier à « Je suis partout », « Nicolas Sarkozy alias  » le juif casher Nicolas Möllah de Nagui Bosca Sarközy » avec photo du susdit portant l’étoile jaune.[7] On ne saurait être plus clair.
Les âmes vertueuses protesteront qu’elles ne sont pas de ce bord-là. Et le « quinquennat Fouquet’s » de Mme Aubry ? Et ceux qui aiment l’argent et pas les gens ? Et la « tache sur le drapeau » ?[8] Et les Une immondes d’une parodie du Monde affichant Sarko, une balle dans la tête, assassiné ? Car toutes ces caricatures frisent la magie noire, comme la poupée vaudou à son effigie, mise en vente avec épingles pour lui jeter des sorts. Ou ce triple A dont dégringole, pour le premier, Carla, pour le dernier la petite Julia et au milieu un Sarko dont on ne voit plus que … le nez !
Donc Nicolas S. serait haï par les anti-sémites qui l’assimilent au « fric ». Bien sûr, nos présidents précédents, auvergnat, corrézien, charentais, n’avaient ni propriétés, ni amis fortunés, ni connexions de l’ombre! Et l’ex-futur président qui alignait en quelques heures  des millions de dollars de caution  ? Comprenne qui pourra. 
Métissage, tolérance, multiculturel ?

Sarkozy n’a jamais renié des origines multiples dont il s’est fait une richesse, en proclamant par là-même son amour de la France. Et ne serait-ce pas là l’une des clés de cette haine sans fond qu’il suscite, son amour de la France, si mal porté de nos jours ?
Par sa mère, il descend d’une grande famille de Salonique, les Mallah. Son grand-père a servi dans l’armée française comme médecin ; il s’était converti pour épouser la jeune catholique dont il était tombé amoureux. Alors voilà qu’à leur tour certains juifs se déchaînent, comme je l’ai entendu de mes oreilles : il n’est pas juif, sa mère n’est pas juive, etc. ! D’autant plus qu’elle a commis l’erreur, cette maman, d’avoir épousé un réfugié hongrois qui fuyait … le communisme. Même pas compagnon de route !
Et la surenchère se poursuit : on se demande aussi si notre Nicolas ne serait pas un peu fasciste par le père ; on lit en effet en commentaire : « Sachant que le père de notre bon maître à fuit [sic] lors de l’arrivée des troupes soviétiques; c’est à dire avec les nazis et autres collabos. Je me demande alors quel rôle politique et social a eu ce représentant de la classe nobiliaire, le comte de Nagy Bocsa dans cette Hongrie de l’ère pré soviétique. »[9]
Qui défend le métissage, la tolérance, la France multi-plurielle ? Ou y aurait-il des métissages préférables à d’autres ?
Dernier mais non le moindre et in cauda venenum, j’oubliais la taille : nous serions régis par un nabot (ceux qui défendent tant l’égalité devraient être plus respectueux pour les nains qui les valent bien), une demi-portion, une marionnette secouée de tics. Rappelons que nous ne sommes, selon Bernard de Chartres, que des nains sur les épaules des géants.
Bon, pour la taille, restituons les faits qui comme chacun le sait depuis que Lénine l’a dit, sont têtus : Nicolas mesure à peine 3 cm de moins que son rival à la présidentielle ou que notre avant-dernier président.
Plus grand que Jean-Paul Sartre, Balzac, Voltaire,  Mickey Rooney, Hussein de Jordanie, Polanski, Picasso ou Gandhi, Jamel Debbouze, Charlie Chaplin, David Pujadas, Hitchcock, Jaurès et Pasolini, il mesure 1,68 m. Autant que Churchill, Al Pacino, Bob Dylan, l’abbé Pierre et Philippe Gildas.
Maintenant, que la bassesse déferle !

Alors pourquoi s’en gausse-t-on tant ? La réponse comme toujours est sur la Toile : dans un « post » (billet) de the Post (reconverti en Huffington Post français), un rubriqueur courageusement anonyme comme souvent, intitulé Mad Dog, nous confie :  » Pourquoi se moque-t-on de la taille de Sarkozy, alors qu’on ne le faisait pas avec Mitterrand? » Et la réponse est ? je vous le donne en mille : parce qu’il se met des talonnettes ou se tient sur la pointe des pieds, il souffre de sa taille, appuyons où ça fait mal. Le délit de sale gueule dans toute sa splendeur ! Evidemment, le Président actuel n’est pas comme l’un de ses (récents) prédécesseurs si refait par la chirurgie esthétique que quand il souriait on lui voyait le nombril. Ou qui menaçait de ses  sbires qui lui chauffait les oreilles.
Que le grand clic me croque ! la bassesse atteint son niveau-semelle. Ce qui rappelle le mot du peintre Apelle à un cordonnier qui lui servait de modèle et critiquait le dessin de la sandale puis tout le tableau : « Cordonnier, pas au dessus de la cheville ! » La France réduite à une caricature ? Nous valons mieux que ça, non ?
Dans son hommage aux paras de la France Libre, de Gaulle termine par : « Maintenant, que la bassesse déferle ! Eux regardent le ciel sans pâlir et la terre sans rougir. » Puissions-nous redevenir résistants ! Car c’est la France qui se caricature ! Elle vaut bien mieux que tout cela !