La Chance, Barbara et les Neiges du Kilimandjaro

Curieux cinéma que ce cinéma allemand. Et d’abord, découverte d’une cinéaste, Doris Doerrie, à travers un film, « Glück » (« Chance »), histoire terrible d’amour et de crime entre une jeune sans-papiers yougoslave ou « de par là-bas » dont la vie a basculé du bonheur quotidien au milieu des tartines de miel à l’horreur des viols par des soldats ennemis, et un sdf craquant, sans oublier son chien – bouleversant ! Dommage que la fin bascule (à l’allemande ?) dans le grand guignol des membres découpés au couteau à pain et du sang clapotant dans tout l’appartement. Dommage aussi que les scènes de sexe (elle se prostitue pour gagner son blé) soient aussi nombreuses, insoutenables et trash. Car il est des moments de grâce et de prouesse cinématographique. Pour en savoir plus si vous parlez allemand, interview de la réalisatrice. Reste le jeu de Vinzenz Kiefer et d’Alba Rohrwacher, étonnant de justesse. De sa vingtaine de films, aucun semble-t-il n’a été connu en France.
Barbara de Christian Petzold (Ours d’Argent 2012 à Berlin) l’est-il plus ? Nina Hoss joue la dame médecin qui vit un quotidien de méfiance et de frustrations dans l’Allemagne de l’Est, neuf ans avant la chute du mur. Les paysages sont beau, la mer est là, l’amour aussi quand son amant franchit la frontière. La police secrète passe. Seul moment d’émotion du film : quand la jeune Stella s’échappe de son camp de travail. Car le problème est là : dans ce film si bien maitrisé, on voit plus la maîtrise que l’empathie. Rien ou presque ne vit parmi les vivants. Sauf peut-être le jeune médecin qui voudrait bien vivre. Climat fantômatique, un peu morbide, de perte d’identité ou plutôt de flottement d’identité, avec des femmes fortes qui tentent de se dépatouiller d’un quotidien où la frontière hermétique tient le rôle de ligne d’horizon. Sur ses photos, Christian Petzold est un bel homme triste.
Tout cela était projeté dans l’un des cinémas d’art et d’essai de Düsseldorf, Bambi. Dans un autre, rue du Tailleur Wibbel (dont l’histoire est fort bien racontée par une passante virtuelle), vu « Les neiges du Kilimandjaro », film superbe de Robert Guédiguian. Car ici la première projection est (un seul jour) en version originale, puis projetée en allemand. Un mélo lumineux, loin des idées toutes faites – les syndicats en prennent un coup -, un film dur, généreux, avec des acteurs incroyablement inspirés !

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